Définition:

Activité physique qui fait le lien entre les fonctions vitales (battements du coeur - respiration) et le rythme de la danse africaine.

On peut considérer qu'il y a six principes fondamentaux de la danse africaine : 
1) Dominante d'un style : Attaque percussive, vitalité. 
2) Polyrythmie: Multiplicité des rythmes : Musique percussive non harmonique. 
3) Système appel-réponse : musical et chorégraphique utilisé dans les spirituals, gospel, worksongs, le groupe répond à un soliste (alternance de couplets qui sont improvisés par le soliste et de refrains immuables, ce qui nous donne la relation innovation et tradition, traditions qui sont reprises aussi par les GI, militaires américains). 
4) Pulsation : le sens intérieur de la pulsation. 
5) Syncope : l'accentuation suspendue de la phrase musicale. 
6) L'arme politique : Le Calypso était une arme politique chantée (le Rap actuel si l'on se réfère aux textes est aussi un outil à usage contestataire ; ex : le groupe Ice T). De même que le Cake walk qui est la reprise des minstrels par les noirs, compte à son répertoire de vieilles chansons jazz truffées de mots en "slang" (argot) qui sont en fait des injures destinées aux blancs. 

Caractéristiques de la danse africaine : 
C'est une danse pratiquée pieds nus, elle est à base de pas glissés, de pas traînés, on frappe des pieds dans la terre, les genoux sont fléchis, le dos en avant (la courbe du corps est une position typiquement africaine, il suffit de se référer à leur physionomie pour la comprendre). 
La frappe des mains, les cris, le sol, les sauts et les ondulations sont aussi utilisés. C'est une danse qui requiert une grande agilité du corps. 
Spécificité des hommes : acrobatie, sauts. 
Spécificité des filles : pas glissés, grande agilité des hanches, positions toujours très pliées. 

Ces danses sont toujours inspirées par la faune, elles consistent en une imitation des animaux. Par exemple : " le lapin" qui est le fétiche noir américain, cette danse évolue en "cercle" avec des solistes au centre. 

La pose du pied au sol est aussi une caractéristique de la danse africaine, suite à l'observation et à l'imitation des animaux. La dynamique des appuis au sol varie : légère, lourde, rapide, lente et traînante. Le pied à plat ; pas typique de la danse africaine allant, vers la mère, la terre pour puiser sa force et récolter sa nourriture le rappelle l'action de se plier vers la terre, se coucher, se reposer. Le pied en demi - pointe ; le désir de s'élever est plus une conception occidentale, aller vers le ciel. Être au-dessus... paraître plus grand... (Gotique). 

L'observation et l'imitation des animaux ont engendré toute une gamme de danses diverses (parfois il ne s'agit que d'une marche ou d'un mouvement spécifique) on les retrouve tout au long de l'évolution de la danse jazz tel que le : " Fox-trot " le trot du renard, " le Grizzly-bear " l'ours Grizzly, " le Funky chicken " le poulet gai, " le Bouffalo " le buffle, " le Turkey-hot " la chaude dinde, " le Pigeon wings " ailes de pigeon, " Bunny hogue " le bisou du Lapin, " le Camelwalk " la marche du chameau qui inspira James BROWN qui à son tour inspira Michael JACKSON pour finalement prendre le nom de "Moonwalk". 

La danse africaine est centrifuge, comme la danse jazz, elle part des hanches pour exploser vers l'extérieur (Danses sociales Charleston, Black bottom etc.) Rythme propulsif, par rapport à la danse jazz c'est une qualité "swinguante". 

Le danseur se trouve finalement face à deux manières de concevoir la danse jazz ; La manière européenne et la manière africaine. Ces deux façons de danser sont tellement opposées qu'elles sont presque incompatibles ainsi un fossé sépare la "danse jazz noire" et la "danse jazz blanche" et cela tout au long de son évolution, même lorsque les gestes techniques semblent être identiques.

La conscience est l'âme de la danse car elle est supposée exprimer une idée et suivre un chemin qui touchera le cœur des spectateurs.

 

En général, le danseur noir danse pour s'identifier, et conserver ses valeurs, ses origines, c'est aussi à la suite de cet esprit que nait la danse jazz. 

Pour un danseur de danse Africaine, deux choses sont essentielles : la liberté de danser toute danse même sous la contrainte (rapport à l'esclavagisme) et la conscience de l'âme qui exprime une idée ayant pour but de toucher le coeur du spectateur. La danse Africaine n'est pas seulement une danse pour s'amuser, c'est une danse qui remonte à plusieurs siècles et qui a pour but de permettre de connaître un peu plus leurs traditions et leurs origines. 

On considère qu'il existe plusieurs bases : 
- attaques perceptives, vitalité 
- écoute d'une musique rythmée par plusieurs accents 
- réponse et attente d'un appel ; le danseur principal danse seul en envoyant une sorte d'appel au groupe, celui-ci lui répond souvent par un refrain 
- pulsation, sentiment d'être en osmose avec la danse 
- syncope, l'accentuation suspendue de la phrase musical 
- la danse Africaine a aussi une signification politique ( de même que la capoeira)

Très souvent utilisé dans la danse Africaine : le Djembé. Voici quelques règles simples qui nous montre là aussi un rapport avec la nature : 
- les basses : paumes ouvertes. 
- la tonique : les doigts "chassent l'air" et rentrent en contact avec la peau. 
- le claqué ouvert : seul le bout des doigts touche la peau. 

Le djembé est un instrument très utilisé dans les rituels et dans les danses Africaines, car il permet plusieurs sons et marque aussi une grande agressivité et sensualité. 
La danse Africaine est centrifuge, tout comme le jazz elle se diffuse dans tout le corps, jusqu'au bout des doigts. La danse Africaine est trop souvent associer à une danse de folklore mais est, tout comme le classique, le jazz, ou le contemporain, un art à part entier.

 


L'église et son influence

Sous la dominance française les esclaves ont été confrontés à une musique liturgique, baroque, et aux chants Grégoriens, (au début les noirs n'avaient pas le droit de chanter). 

Les esclaves qui étaient achetés par les Anglais protestants avaient moins de chance de conserver leurs traditions, car à l'époque pour les protestants la musique rythmique était considérée comme un péché. N'étant pas autorisés à jouer leurs propres rythmes percussifs, ils ont commencé à développer leurs rythmes à travers la marche car ils pouvaient y greffer leurs musiques et leurs chants.

L'attitude des blancs envers les noirs aura eu une énorme influence sur la conservation de l'héritage africain.

Pour le planteur latin (catholique) l'esclave était un homme avec une âme mais avec une vie terrestre sacrifiée. Si l'esclave faisait son travail correctement et ne gênait pas la communauté blanche, il lui octroyait une grande permissivité. Il pouvait pratiquer ses cultes, ses danses, et fabriquer des instruments. Le planteur latin allait même jusqu'à encourager la promiscuité car il en était gagnant à long terme.

Le planteur protestant, qui n'avait jamais été confronté avec le problème de l'esclavage ne pouvait pas le comprendre, pour lui l'esclave était comme un animal, un être sans intelligence. La condition de vie des esclaves était particulièrement rude, ils vivaient dans des conditions d'hygiènes épouvantables, les couples étaient séparés donc abandonnaient leur tradition.

Les plantations étaient petites, les propriétaires faisaient vite comprendre aux esclaves qu’il leur fallait abandonner leurs traditions, ce que beaucoup firent afin d'avoir une vie meilleure. D'autres préférèrent se cacher afin de préserver et de garder leurs cultes et leurs traditions.

L'importance de l'église et de son influence sur l'adaptation des noirs fut considérable. L’église catholique avait pour tradition de représenter ses Saints sur des toiles, des icônes, et des statues. Les esclaves ont fait des comparaisons de ses saints avec leurs Dieux au point qu'il s'est développé une religion parallèle : à Haïti on trouvait le "Vaudou", à Trinidad le "Shango", au Brésil le "Candombe", et de plus ils faisaient coïncider les fêtes catholiques avec les leurs. 

Finalement c'est la religion catholique qui a permis la sauvegarde de la culture noire africaine. Cela justifie aussi pourquoi certaines ethnies qui étaient chez les Anglais, donc chez les protestants n’ont pas pu sauvegarder leur patrimoine culturel. Mais en revanche ils ont appris les traditions européennes ce qui par la suite a été très important quand eut lieu la migration des noirs dès l'abolition de l'esclavage. Dans la religion protestante il n'y a pas de saints, pas d'images, pas d'icônes, pas de représentation humaine, il n'y a que la bible, le nouveau testament est une croix en bois, car ce n'est pas l'église qui est riche mais l'âme de l'Homme blanc.

Danse jazz, danse sexuelle ?
Danser à la manière des Africains c'est donc désirer connaître son corps, le découvrir, et lui obéir en pleine conscience, c'est ; avoir le courage d'accepter publiquement le plaisir, le vivre, le partager et le montrer. En fait c'est précisément cet aspect sexuel qui a toujours soulevé un problème dans la danse jazz.

Dès le début les danseurs modernes n'ont pas hésité à montrer l'amour sexuel et même la nudité (Martha GRAHAM, Doris HUMPHREY, Isadora DUNCAN) mais cela était perçu comme un art de haute moralité, et justifié la nécessité d'un érotisme et d'une sensualité dans le but d'une recherche artistique. Au niveau de la danse jazz aussi on perçoit ces deux courants ; on dicerne les chorégraphes noirs qui ont une perception sexuelle et les blancs qui ont une perception sensuelle.

Les jeunes africaines qui, lors des fêtes de village souhaitent faire comprendre leurs désirs à l'égard d'un homme, utilisent comme moyen de communication la danse sans aucune inhibition. Avec des regards, des ondulations du bassin, elles transmettent leur message, dont la signification est évidente et ne choque personne.

Un autre élément de la danse jazz est l'ironie moqueuse et protestante qui se manifestait avec un petit coup d'épaule pendant la danse (1930). 

La danse jazz noire a gardé de la danse traditionnelle africaine l'idée de création et d’improvisation continuelles mais à l'intérieur d'un cadre bien défini. La danse africaine est la répétition d'un geste appris selon la tradition. C'est une connaissance parfaite du geste et du vocabulaire qui laisse le danseur libre par la suite d'improviser, parce qu'il maîtrise une technique. Ce n'est pas de la spontanéité comme dans la danse primitive.

Dans le Break dancing on assiste exactement à ce même phénomène d'improvisation sur un langage connu et compris par tous. De même dans les "Jam sessions " (faire un bœuf, improviser sur un thème) les musiciens improvisent sur une phrase qui est ensuite reprise par un autre musicien qui la change et la colore à son grès, mais la phrase dans sa structure reste toujours identique.

La dominante est toujours basée sur le rythme, et ce n'est pas les pas de danse qui font évoluer les danseurs mais le rythme qui les fait bouger.

 

Citation de Mura DEHN en 1946 : "La différence fondamentale entre la danse jazz et la musique africaine est que la danse jazz est syncopée, elle utilisera le contretemps et la syncope, alors que la danse africaine au contraire appuie le temps sur la percussion" (les musiciens sont polyrythmiques mais la danse elle, est sur le temps).

L'échange des esclaves entre les îles et le continent était si important qu'il est nécessaire d'aborder le développement de la danse dans les îles. Ainsi nous pourrons identifier les danseurs et essayer de comprendre pourquoi le jazz est né aux Etats Unis et non dans les Antilles par exemple.

Les esclaves aux Antilles utilisaient principalement deux tambours, un grand et un petit qu'ils appelaient-le "Baboula" (d'où le terme "faire la Bamboula") sur lequel ils exécutaient des rythmes rapides, on trouvait aussi des os qu'ils frottaient et un instrument à corde apparu en 1764 en Jamaïque appelé ; le "bonjour" (il est décrit comme une guitare espagnole ronde à quatre cordes ) et va devenir-le "Banza" puis le "Banja" et en passant aux Etats Unis il s'appellera définitivement le "Banjo".

A l’exception des grands colons qui étaient des administrateurs et des religieux éduqués possédant une bonne culture, les Européens étaient en grande partie d'origine paysanne et ils ignoraient la musique savante, donc le peuple avait conservé l'habitude de s'amuser à l'occasion de fêtes saisonnières et lors des fêtes religieuses telles que Noël et Pâques. Ils dansaient et chantaient uniquement des danses religieuses héritées des premiers temps du Christianisme.

Les Colons antillais avaient un mode de vie moins austère que les colons américains, leur distraction favorite était la danse, qu'ils enseignaient aussi à leurs esclaves, tout comme l'apprentissage des instruments de musique tel que le violon. Les esclaves apprenaient les danses populaires comme le Branle et la Bourrée et les danses de cour française telles que le Menuet et les Contredanses. Donc les dimanches après midi les esclaves pouvaient danser non seulement les danses qui leur étaient enseignées mais aussi leurs propres danses traditionnelles à condition qu'elles eussent été morales, c'est à dire non sexuelles.

Toutes ces danses qui n'étaient pas sacrées et de ce fait non rituelles, les colons français, espagnols ou anglais les avaient toutes regroupées sous un même terme ; " la Bamboula".
Toutes les danses qui avaient fusionné avec ces danses chrétiennes on les appela les "Calendes" (c'est le nom que leur donnent les religieux), les colons les appelaient les "Branles" et les Anglais les "Gigues" (Gigue des nègres). 

La "Juba" était une danse compétitive (d'aptitude technique), qui apparut dans toutes les îles et qui s'est étendue jusqu’au sud des Etats Unis. La caractéristique de cette danse était que le danseur exécutait une série de mouvements au milieu d'un cercle d'autres danseurs qui l'accompagnaient de frappes sur toutes les parties de leur corps (mains, pieds, cuisses etc.) et était ensuite défié par un autre danseur qui entrait dans le cercle. Aux Etats Unis cette danse s'est appelée par la suite le "Patting Juba" (patting = frapper, sorte de solfège corporel "Handbone"). 



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