Défistival

Handicapés et valides ont défilé au rythme de la samba à Paris

Dans une ambiance de fête multicolore, personnes handicapées et valides ont défilé ensemble aux pieds de la tour Eiffel samedi à Paris, aux rythmes et couleurs brésiliens, pour célébrer le troisième Défistival destiné à "aller au-delà des idées reçues" sur les handicapés.

Derrière les tambours de la troupe de danse Giramundo et sous un ciel plus clément que prévu, se mêlaient dans la danse et les ballons quelque 500 artistes de rue, femmes et enfants, au rythme de la Samba et déguisés aux couleurs "auriverde", en l'honneur de l'année France-Brésil.

Les chanteurs aux tenues extravagantes de la chorale rock l'Echo râleur, pédalaient en tandem avec des personnes mal-voyantes, après avoir enchaîné sur scène leurs standards rock, funk, reggae sur un podium faisant face à la Tour Eiffel au bout du Champ de Mars.
Un dinosaure géant tirait symboliquement une princesse non-voyante et ses deux princes charmants, tous trois juchés sur des échasses.

"Cette fête est celle de la mixité, de la fraternité qui permet d'aller au-delà des idées reçues" sur les handicapés, a commenté pour l'AFP le président et l'âme de la manifestation, le handi-basketteur Ryadh Sallem.

Un sentiment partagé par Anne-Marie Nunes, 48 ans, qui a également perdu l'usage de ses deux jambes. "C'est bien de se retrouver ailleurs que dans des actions revendicatives car la société française est toujours aussi en retard dans ce domaine", a-t-elle confié.
Une vingtaine de stands de partenaires -ministères, EDF-GDF, France Telecom- formaient un "village" destiné à promouvoir les associations concernées par l'intégration des personnes handicapées.

Un sentiment partagé par Anne-Marie Nunes, 48 ans, qui a également perdu l'usage de ses deux jambes. "C'est bien de se retrouver ailleurs que dans des actions revendicatives car la société française est toujours aussi en retard dans ce domaine", a-t-elle confié.
Une vingtaine de stands de partenaires -ministères, EDF-GDF, France Telecom- formaient un "village" destiné à promouvoir les associations concernées par l'intégration des personnes handicapées.

" Cette fête a pour objectif de défendre la fraternité au quotidien et lutter contre toutes les formes de discrimination qui frappent encore les personnes handicapées dans les transports, à l'école, au travail", a commenté Pénélope Komites, adjointe à la mairie de Paris, chargée des personnes handicapées.

" Les gens ont le sourire aux lèvres. Ca donne à réfléchir et nous montre qu'ils peuvent vivre comme nous même s'ils faut les aider un peu", a commenté très émue, Dominique, infirmière à la retraite venue avec son mari.

Le spectacle très sonore attirait également des touristes venus au départ admirer la Tour Eiffel et s'étendre sur la pelouse du Champ de Mars. "C'est la première fois que je vois une fête comme celle là. Ca donne l'occasion de se rencontrer. C'est bien", a commenté Peter Minikus, un Suisse allemand de 30 ans, en week-end à Paris avec son amie.

Ryadh Sallem rêve de faire du Défistival, né en 2003 à l'occasion de l'année européenne des personnes handicapées, "un grand rendez-vous annuel", si possible en région et ailleurs en Europe. Un autre Défistival a eu lieu à Liège en Belgique le 23 avril. Lyon et Toulouse seraient intéressées, selon lui.

La fête devait s'achever dans la soirée par un concert notamment de Jimmy Oihid, surnommé le James Brown algérien pour son art de fusionner reggae et chaabi (musique arabo-andalouse populaire) et du Sierra Leonais Bai Kamara, habitué des premières parties de Youssou N'Dour ou Keziah Jones.

Estelamare Paulo dos Santos

« Danser, c'est offrir sa lumière intérieure au monde » 

Véritable figure de l'univers de la danse, Estelamare Paulo dos Santos est chorégraphe brésilienne. Elle a monté un projet original exclusivement réservé au Défistival. C'est avec beaucoup de gentillesse et entre deux répétitions de Giramundo, le nouveau spectacle joué par une troupe de danseurs mixtes handivalides (valides et non valides) qu' Estelamare nous entraîne dans la poésie du corps autour du rythme et des percussions. Partons à la rencontre de cette belle étoile ! 


Interview réalisée par M. Kékouche (avec l'aide d'un interprète portugais : Victor Dos Santos)


1 - Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ? 

Je suis Estelamare Paulo. Je suis née au sud du Brésil à « Rio Grande do Sul ». J'ai dansé depuis mon plus jeune âge ; j'ai étudié la danse contemporaine à São Paulo et je suis partie en Inde, où j'ai pratiqué la danse indienne à l'Université Kalakshetra, à Madras. Je suis ensuite revenue au Brésil et j'ai étudié la Capoeira, qui est un mélange de danse, de lutte et de musique brésiliennes.
Actuellement, je fais de la recherche autour du langage corporel inspiré des mythes brésiliens. A ce titre, la Mairie de Paris m'a accordé une bourse d'études pour mener mon étude à bien ; c'est pourquoi je suis à Paris, réalisant ainsi une résidence artistique. 

• Quelles sont vos passions ?

J'aime la danse. La danse est pour moi la Lumière qui me guide vers Dieu. Au-delà de cette passion, j'adore voyager, découvrir d'autres cultures, visiter des musées ; j'aime aussi les cachoeiras ( chutes d'eau, cascades fameuses du Brésil, NDLR ), la montagne et la mer. 

2 - Quand avez-vous eu le déclic pour la danse ?

Quand j'avais 9 ans, ma maîtresse a convoqué mes parents et leur a annoncé que je n'étais probablement pas une enfant normale. Mes parents le pensaient également… Ils ont fini par me faire passer des examens neurologiques à l'hôpital à la suite de quoi, j'ai consulté plusieurs psychologues et psychiatres… 
J'étais une enfant très vive et j'avais le don d'influencer fortement les autres enfants au-delà de toujours avoir des idées fantastiques, qui effrayaient les profs vu mon jeune âge… 
Finalement, un psychiatre doué d'un bon sens a dit à mes parents que j'étais absolument normale et que j'avais, de surcroît, beaucoup d'énergie. Il a conseillé à mes parents de me placer dans un endroit où je pourrais pratiquer intensément des exercices physiques, et alors, mes parents m'ont inscrite en « gymnastique olympique ». Depuis lors, je n'ai plus cessé de travailler avec mon corps. J'aimerais revoir ce médecin et le remercier pour son bon sens et sa sensibilité. Je me suis en effet calmée et mes parents et les professeurs devinrent heureux. 

• Comment s'est passé votre apprentissage de la danse ? 

Comme je pratiquais la « gymnastique olympique », j'ai débuté dans le ballet classique pour améliorer mes performances au sol. Ainsi, j'ai commencé à sauter, faire des galipettes et des « étoiles en l'air ». J'ai senti que j'avais trouvé là quelque chose de précieux dans ma vie, mais je n'avais alors que 9 ans ; je n'arrivais pas à exprimer tout cela autrement qu'en faisant tout ce que nous demandait l'entraîneur avec la plus grande application. 

3 - Qu'est-ce que vous préférez le plus dans la danse ?

La danse est la Lumière qui me guide. Je ne suis pas une « bonne personne » qui s'exprime correctement avec des paroles. La danse est mon moyen d'expression et de communication. Je trouve dans la danse à la fois le chaos et l'harmonie, je me trouve moi-même avec mes craintes et lorsque je franchis un obstacle difficile en danse, je me surpasse moi-même. C'est l'enchantement ! 

• Avez-vous des préférences pour un style de danse ? 

J'aime ceux qui dansent avec de la personnalité, je respecte et j'apprécie tous les styles de danse. Mon style est celui de la danse théâtrale, mais les autres styles sont les bienvenus à mes yeux, du moment que la présentation se fait avec respect, sérieux et dignité.

4 - La danse est-elle accessible à tous, même aux personnes à mobilité réduite ? 

Oui, la danse signifie l'expression, elle signifie pour moi bouger son squelette ; ainsi, si une personne ne peut bouger ses jambes, il lui reste ses bras, ses yeux, les doigts de ses mains et son cœur. Elle peut ainsi danser, s'exprimer au travers de son véhicule (fauteuil roulant) qui fait partie de son corps. Si une personne ne peut rien bouger de son corps, elle peut malgré tout bouger ses yeux, ses lèvres et il lui reste son cœur : elle peut alors danser. 

La danse est très personnelle ; chaque personne qui aime danser devrait avoir le courage de développer une danse qui la représenterait et qui parlerait pour elle. Je crois profondément que tous ceux qui souhaitent danser le peuvent, il suffit d'être courageux et de croire en soi-même et en ses propres différences. 

5 - Faut-il être un bon danseur pour devenir chorégraphe ?

Tout à fait. Il faut étudier longuement, beaucoup observer, échanger des informations avec d'autres danseurs et chorégraphes, lire beaucoup, et connaître, au-delà de la danse, la peinture, la poésie, la littérature et connaître l'être humain. C'est une étude profonde de la vie et de l'art. 

• Et vous, vous préférez danser ou faire danser ? 

Je ne préfère rien dans cette vie. Je fais ce que je dois faire, à savoir danser ou faire danser. Les deux me rendent heureuse.

6 - Quels sont vos projets en cours et à venir ? 

D'abord, je vais terminer ma résidence artistique à Paris et repartir au Brésil pour continuer mon projet là-bas qui s'intitule « le Messager ». Je compte reprendre mes cours à São Paulo (Estelamare enseigne la danse, NDLR) , revoir mes amis et ma famille. Ce sont mes plans en cours. 

7 - Comment faites-vous pour trouver l'inspiration pour toutes vos chorégraphies ?

Je m'inspire des mythes, des héros et des démons. Je m'inspire également de la poésie et de la dramaturgie, de mon observation de la nature, de l'être humain. Je confronte alors mes propres sentiments à tout cela. Je m'inspire enfin de tableaux et de sculptures.

8 - Avez-vous une empreinte ? 

Non. Je ne crois pas aux empreintes, aux griffes. Ceci est du commerce et non de l'art. Mon objectif est d'être un meilleur être humain, de jour en jour, et c'est déjà beaucoup dans cette vie. 

• Peut-on parler d'un style Estelamare (votre univers est-il fondé sur l'esthétique, la beauté de l'art, l'émotion, la sensualité, le mouvement, ...) ? 

Oui, j'ai un style, mais pas une empreinte. Mon univers est fondé sur la vie, sur le cœur, sur ce qui se passe aujourd'hui, sur mes émotions et les émotions d'autrui, dans les problèmes auxquels mon pays est confronté et sur les problèmes du monde entier. C'est peut-être de la beauté, mais je ne commence jamais rien en pensant à la beauté ou à la sensualité ; mon chemin est beaucoup plus profond et sur ma route, la beauté peut parfois apparaître. 

9 - Comment recrutez-vous les danseurs ?Lors d'un casting, vous sélectionnez un danseur parce qu'il a de la technique ou bien parce qu'il a de la personnalité ? 

Les deux. La technique et la personnalité sont essentielles lorsqu'elles vont de pair.

10 - Quels sont les chorégraphes auxquels vous vous identifiez ? Pour lequel avez-vous de l'admiration ou dont vous vous inspirez ? 

J'aime et j'admire beaucoup Kofi KOKO, Jan FABRE et Lia RODRIGUES (du Brésil) entre autres. 

11 - Comment est né le projet de Giramundo pour le Défistival ? 

J'ai été invitée par Luiz Mar ( Président de www.bonjourbrasil.com , NDLR) , un brésilien résidant à Paris depuis de nombreuses années. Il est super cool et m'a emmené dans ce projet merveilleux. 

12 - Vous travaillez sur le spectacle du défilé Giramundo. Comment cela se passe-t-il ? Que raconte votre chorégraphie ?

Le thème est d'offrir sa lumière intérieure au monde. C'est surmonter les différences, respecter l'autre, connaître un peu les différences de chacun et apprendre à leur contact. J'apprends énormément et je remercie les organisateurs du Défistival et les danseurs de m'avoir offert l'opportunité d'être la chorégraphe de ce projet.

• Pour le spectacle Giramundo, comment travaillez-vous, comment est pensé le spectacle ? Travaillez-vous par un découpage par scènes, par tableaux artistiques ?

Je créé en direct, au coup par coup, en accord avec ce que proposent les danseurs et avec ma propre perception de chaque participant. 

14 - Sur le projet Giramundo, combien d'artistes dirigez-vous ? 
Je crois qu'il y en a une quarantaine, en comptant les percussionnistes.

• Combien de personnes sont handicapées ? 

Il s'agit d'une troupe mixte avec 17 danseurs non valides. 4 avec handicap moteur, 1 avec handicap mental et une dizaine avec un handicap auditif. 

15 - Que vous a apporté cette expérience de faire travailler des personnes invalides et valides ? 

C'est merveilleux de monter une chorégraphie avec des personnes en fauteuil roulant et des personnes valides. Parce que les personnes comprennent qu'être valide ne signifie pas tout savoir faire et être invalide ne signifie pas non plus ne pas tout faire. Alors, qu'est-ce qu'être valide ou invalide ? Je crois que cette question restera présente à l'esprit de tous et le respect mutuel, qui existe entre nous tous, est très émouvant. 

16 Avez-vous une histoire personnelle avec le handicap qui expliquerait votre implication dans ce projet de chorégraphie mixte, valides et handicapés ? 

J'ai déjà travaillé avec un groupe de sourds à São Paulo, au Brésil, ainsi qu'avec des personnes atteintes de déficience physique. J'apprends toujours énormément et je pars du principe que je ne fais pas de charité, pour personne. Je prend une posture d'apprentissage et d'échange avec les autres, qu'ils soient « valides » ou « invalides ». 

17 Quel est le message de Estelamare à ceux qui veulent se lancer dans la danse et l'activité artistique ? 

Soyez sérieux, ayez du respect pour l'art, soyez profonds dans vos réflexions et étudiez énormément. 

18 - Le Défistival portera les couleurs du Brésil cette année. Que vous inspire cet hommage à ce grand pays métisse, ami et aimé de la France ? 

Le Défistival ne revêt pas seulement les couleurs du Brésil, mais aussi les couleurs de la France. Nous rendons hommage au Brésil et à la France comme étant des pays amis, avec une fraternité certaine, dans tous les sens du terme. Nous échangeons nos cultures et nos connaissances. 
J'aime le Brésil parce que je suis née là-bas et parce que l'histoire de ma vie y est ancrée. Toutefois, la France m'offre, par le biais de la Mairie de Paris et de ma bourse d'études, une opportunité incroyable en réalisant mes recherches, en participant au Défistival. Je n'oublierai jamais la France, les Français et je suis comblée et remerciée par tout cet amour, par cet accueil, et par le respect qui égale celui que l'on m'offre dans mon pays. Merci beaucoup, France. Merci beaucoup, Paris. Et merci beaucoup à mes amis du Défistival. 

Merci beaucoup Estelamare d'avoir répondu à nos questions.



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